Voila le cœur de métier de Martin D’Anjou, fondateur de BUM Interactif. Cette agence de contenus spécialisée pour les nouveaux médias couvre l’information sur les secteurs de l’automobile, de la mode/beauté, du cinéma et de la musique, et du tourisme. Elle fournit aujourd’hui des sites médias ou de tourisme qui ont la volonté d’augmenter leur audience et leur rentabilité commerciale.
Quel état des lieux dressez-vous du marché du e-tourisme ?
Malgré la récession, le tourisme en ligne aux Etats-Unis a enregistré une croissance de 5% en 2009, ce qui n’est pas négligeable quand la plupart des autres secteurs étaient dans le négatif. Là-bas, le tourisme représente 38% de toutes les transactions en ligne, et en France la part est de 30%. Cela reste le premier domaine du e-commerce.
Dans ce contexte, un secteur apparaît de plus en plus en vogue : celui des contenus. Plus les contenus sont réfléchis et plus ils sont mis à jour régulièrement, plus le site Internet a de chances de faire de l’audience.
Cela peut sembler aller de soi, mais le drame, au vu en tout cas de ce qui se passe dans le tourisme, est qu’il y a deux grandes familles de sites web : ceux qui vendent (les marchands) et qui le font très bien en annonçant donc un prix, et ceux qui informent sur le tourisme.
J’espère que 2010-2011 seront des années où les gens vont commencer à penser différemment. Parce qu’avant de voyager, donc avant de chercher un prix, il faut s’informer, et surtout se donner envie de voyager ! Or aujourd’hui, les sites touristiques grand public annoncent davantage un voyage à 999 € pour la République Dominicaine par exemple, avant même de nous dire ce qu’il y a à voir et à faire en République Dominicaine, si c’est vrai que les plages y sont si belles, etc. Alors qu’il y aurait tant d’informations à donner !
Le e-tourisme serait-il donc l’enfant pauvre du contenu ?Dans ce secteur du e-tourisme, trop peu de gens s’intéressent à ce phénomène, et à mettre finalement un peu de chair autour de l’os ! Je suis tombé sur une statistique qui indique qu’en 2009, 91% des voyageurs qui se sont rendus en agences de voyages traditionnelles avaient auparavant fouillé le web pour trouver des informations. C’est énorme, cela signifie qu’on n’attend donc pas ici un prix ! Ces gens-là cherchaient d’abord à en connaître davantage sur une destination. Ce qui fait que la personne qui se retrouve aujourd’hui devant un agent de voyages est quelquefois autant informée que lui !
Il y a donc aujourd’hui un intérêt majeur pour les sites commerciaux à afficher davantage d’informations, et non plus seulement des prix ! Vous savez sans doute qu’Internet est devenu la première source d’informations du futur voyageur, avant les amis, avant les collègues de travail, avant même la famille, donc avant le fameux bouche-à-oreille dont on avait tendance à dire qu’il était le meilleur prescripteur.
Cette année, et pour la première fois, le web est devenu la meilleure publicité dans le monde du tourisme, le meilleur prescripteur. Il a largement devancé le support papier traditionnel, les guides et les brochures. En 2009, seuls 25% des voyageurs français ont consulté un guide ou une brochure papier avant de faire leur choix de vacances. Bien sûr il restera toujours des gens qui préfèreront avoir un support papier entre les mains, mais aujourd’hui dans le monde du tourisme, ne pas « faire affaire » avec Internet serait une folie !
Vous êtes un précurseur : votre agence de contenu Bum Interactif a été lancée en 2003, était-ce à l’époque un pari risqué ?En 2000, la France avait un problème face à Internet qui s’appelait « Minitel ». La plupart des foyers en possédait encore un : la transition vers Internet s’est donc déroulée beaucoup plus lentement qu’en Amérique du Nord. Au début donc, il est clair que lorsque je parlais de contenu sur Internet, je faisais office d’évangéliste !
Mais en 2001-2002 est survenue la bulle spéculative d’Internet, et on a vu beaucoup de compagnies fusionner, notamment le pure-player Internet AOL qui a acquis le géant de presse Times Warner. Un mot était alors sur toutes les lèvres : la convergence. A l’époque, les montants investis pour s’approprier des groupes de presse étaient faramineux : AOL, étant à l’époque un simple FAI, a payé des milliards de dollars pour faire l’acquisition de contenu chez Times Warner. Ce jour-là, je me suis dit que mon idée n’était pas folle.
Aujourd’hui on commence enfin à réaliser à quel point on est « mort » si l’on n’offre pas de contenu sur Internet. Les internautes vont sur un site web, le découvrent. S’il leur plaît, tant mieux, ils reviennent. A la deuxième visite, si les contenus n’ont pas changé, ils vont peut-être vous donner une deuxième chance, mais je ne suis pas certain qu’ils vous en donnent une troisième ! D’où l’importance d’avoir des contenus, et même des contenus les plus spécialisés possibles.
Dans le tourisme, c’est d’autant plus vrai. On s’entête à essayer de vendre un prix, mais de grâce, vendez le rêve ! Tout le monde rêve de partir en voyages, mais qu’on nous donne déjà envie d’y aller, ensuite on ira chercher un prix.
Aujourd’hui, on vous oblige à ouvrir une nouvelle fenêtre si vous voulez de l’information, et donc à aller lire ailleurs. Cela revient à envoyer le client dans la « boutique d’à côté » parce que vous n’êtes pas capable de le renseigner… Et il y a de grandes chances que, si votre client est bien accueilli et bien renseigné dans la « boutique d’à côté », il y reste !
C’est donc le moment pour les marchands de se mettre à la recherche de contenu qualitatif, mais sont-ils prêts à payer pour cela ? Quand on sait que 89% des internautes français estiment que les contenus doivent être gratuits sur Internet (étude GfK), est-ce que le marchand n’a pas l’impression d’être pris en otage car lui, doit effectuer une dépense pour fidéliser son internaute, dépense sur laquelle il n’aura pas forcément de retour sur investissement ?Sans contenu, un site Internet ne fait pas de trafic. Et aujourd’hui, on est capable de monétiser, de connaître les ratios sur chaque article… Il ne s’agit ni d’un investissement à perte, ni d’un investissement à long terme, mais à court terme ! C’est loin d’être une « dépense folle » ! Comment vendre du voyage si vous n’êtes pas en mesure d’informer vos voyageurs ?
A la différence d’une boutique qui a pignon sur rue où vous avez des agents de voyage et des brochures magnifiques qui vous donnent envie de voyager, comment se fait-il que sur le web, on ne veuille pas s’afficher avec ces « belles brochures » ? Si l’on retirait toutes les brochures de contenu de l’agence de voyage physique, les clients iraient ailleurs. Car ce qu’ils veulent, c’est avant tout repartir avec de l’information : où ils vont séjourner, ce qu’il y a à faire… Sur le web, les marchands n’offrent pas encore systématiquement cette information. Tandis que les internautes, eux, vont déjà voir ailleurs pour la trouver !
Qui plus est, on est sur un investissement pérenne : les contenus sur des produits tels que la Riviera Maya ou l’Egypte et ses pyramides ont un coût certes, mais dans 2, 3 ou 5 ans, ces contenus seront encore valides.
