|
Alors qu'il annonçait en février son leadership européen avec une moyenne de 10 millions de visiteurs uniques en 2010 (source Xiti), et présidait en mars la dernière cérémonie des Travel d'Or récompensant les meilleurs sites de e-tourisme de l'année, le patron d'Easyvoyage revient sur l'acquisition réalisée de TravelJungle, FSI Travel et DMC, ainsi que sur le lancement de fonctionnalités technologiques qui asseoient sa position de référent. Vous accélérez votre croissance. C’est stratégique ou tactique ?
C’est surtout stratégique. Pour peser dans le monde du tourisme et des technologies, il faut représenter un poids significatif. Nous sommes sur un marché où on ne peut s’imposer que par les volumes. Nous devions passer un cap. Avec plus de 30 millions de chiffre d’affaires, nous devenons un référent.
C’est une course en avant ? C’est surtout une volonté d’émerger. Si vous n’apportez pas plus que les autres, vous ne ressortez pas. Si vous êtes premier avec des billets d’avion pas chers, ça ne suffit pas. Une virgule de Google qui se déplace et vous n’existez plus. Il faut une pertinence forte et un contenu différenciant. Nous investissons pour parvenir à une taille européenne significative et nous travaillons sur des systèmes technologiques complexes : quand partir ? quand acheter ? Le tout avec un modèle prédictif sur 40 destinations avec des mises en place d’alertes pour que ce ne soit pas que l’internaute qui vienne vers le site mais le site qui va vers l’internaute.
L’internaute va-t-il accepter ? Nous ne sommes pas des marchands. Nous n’avons pas un produit à vendre tout de suite. Nos modules sont des alertes et des informations. Nos internautes perçoivent bien notre rôle. C’est pourquoi nous veillons à la pertinence de notre site pour ne dépendre que de nous. Notre pertinence, c’est notre intégrité. Nous ne sommes pas tributaires de Google comme les marchands. Mais Google vous aide bien ! Bien entendu, c’est un allié mais aussi une menace. Si nous n’avions pas investi sur le contenu, nous ne détiendrons pas la position que nous occupons aujourd’hui. Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, combien de personnes nous disaient qu’avoir des journalistes ne servait à rien. Aujourd’hui on affirme, avec raison, que le contenu est primordial. Nous avons bien fait de suivre nos convictions.
Quand vous parlez de menace avec Google, vous parlez de la présentation aux États-Unis de sa solution "travel" ? Mais bien entendu, ils vont y venir.
Mais ne pensez-vous pas que ce serait scier la branche sur laquelle ils sont assis ? Le e-tourisme, c’est 45 % du e-commerce. Google tire la majorité de ses recettes de ce marché. Alors pourquoi se couper de cette source ? C’est une certitude. Il ne faut pas être naïf. Ils vont y venir. C’est un raisonnement purement financier. Le marché est en croissance à deux chiffres depuis le début, mais il ralentit. Une firme comme Google va vite faire le calcul. En supprimant un ou deux intermédiaires, ils vont récupérer du business, c’est aussi simple que cela. Lui faire un procès car il rachète ITA cela n’a pas de sens. Il fait ce qu’il veut de son argent.
Vous ne croyez donc pas à la montée en puissance de Bing pour équilibrer les forces en présence ? Je l’aspire de mes vœux. Déjà aux États-Unis, il dépasse les 23 % de part de marché. Je pense qu’ils peuvent atteindre 30 %. Mais ce n’est qu’une petite fenêtre pour être moins "Google-dépendant".
Mais pour être moins "Google dépendant", vous ne pensez pas qu’il faut investir sur votre marque ? Easy Voyage pourrait en avoir les moyens. C’est une bonne question. En effet, nous devons investir sur notre marque. C’est ce que nous nous attachons à faire. Nous prenons la parole dans les médias comme Capital ou sur Europe 1. Nous investissons les guides de voyages, nous fidélisons notre clientèle avec notre newsletter. Je crois au display, nous sommes dans les cinq premiers investisseurs en bannières. C’est fondamental car déjà nous avons 30 % des internautes qui viennent à nous directement. |